L’ACCORD UE-MERCOSUR MET LES PRINCIPES EN PRATIQUE

Lorsque l’Union européenne a lancé des négociations commerciales avec le bloc commercial sud-américain Mercosur en 1999, le monde débordait d’espoir. L’euro venait de faire son entrée sur les marchés mondiaux; la Pologne, la Hongrie et la République tchèque étaient sorties de derrière le rideau de fer et rejoignaient l’OTAN, marquant ainsi une étape historique après la guerre froide; et une nouvelle vague de démocratisation déferlait sur tous les continents.

Eroder l’ordre libéral

Plus d’un quart de siècle plus tard, cependant, le monde semble beaucoup plus incertain et dangereux. Les guerres commerciales, la coercition économique et militaire et le mépris croissant des normes mondiales érodent l’ordre libéral qui a permis des décennies de prospérité et de sécurité partagées.

Dans ce contexte, la signature le 17 janvier 2026 à Asunción, au Paraguay, d’un accord entre l’UE et le Mercosur, attendu depuis longtemps, envoie un message d’espoir clair: l’Europe restera ferme dans la défense du système commercial et multilatéral fondé sur des règles sur lequel elle s’est construite et grâce auquel la démocratie et le libre-échange ont prospéré.

Le Mercosur et l’Union européenne ont signé 17 janvier 2026 au Paraguay un accord qui créera l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde. Sur la photo, le ministre des Affaires étrangères du Paraguay, Rubén Ramírez Lezcano, signant un document aux côtés du commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, Marós Šefčovič (Ph. AFP)

La plus grande zone commerciale du monde, représentant près d’un quart de l’économie mondiale

À l’heure où la «loi du plus fort» semble faire son retour, l’Europe doit affirmer son leadership mondial à travers ses valeurs et ses principes, et non par la force brute. La coopération et l’intégration doivent prévaloir sur les menaces et l’unilatéralisme. C’est la seule façon de créer la prospérité pour tous.

L’accord conclu avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay consacre notre attachement à ces principes. Il s’agit du plus important accord commercial jamais conclu par l’UE, qui créera la plus grande zone commerciale du monde, représentant près d’un quart de l’économie mondiale. Couvrant une population totale de plus de 700 millions d’habitants, cet accord ouvre de vastes nouveaux marchés aux entreprises des deux côtés de l’Atlantique, des marchés qui ont soif de clarté et de prévisibilité dans le brouillard du protectionnisme et l’incertitude des tarifs douaniers en constante évolution. Il positionne également l’Europe de manière stratégique dans une région au potentiel de croissance immense. Les exportations européennes vers le Mercosur devraient augmenter de près de 70% et les entreprises de l’UE pourraient économiser environ 4 milliards d’euros (4,66 milliards de dollars) de droits de douane par an.

Promouvoir une véritable résilience économique

Contrairement aux accords commerciaux des années 1990, il s’agit d’un accord moderne dont la portée est plus large et qui vise à promouvoir une véritable résilience économique. Il comprend des engagements contraignants en matière de climat et de travail, et il ouvrira les secteurs des services et les marchés publics, favorisant ainsi la création d’emplois de haute qualité dans les domaines de la finance, des télécommunications et de la technologie. Il renforce également l’autonomie stratégique de l’Europe en favorisant les systèmes de paiement transfrontaliers et en renforçant le rôle de l’euro dans le commerce international et en tant que monnaie de réserve.

L’accès à des minéraux essentiels, tels que le lithium, le cobalt et les terres rares, réduira la dépendance de l’Europe et sécurisera les chaînes d’approvisionnement pour les transitions verte et numérique. La demande mondiale pour ces minéraux devant être multipliée par quatre à six d’ici 2040, l’accord confère à l’UE un avantage concurrentiel dans des secteurs allant des véhicules électriques et des énergies renouvelables à la défense.

L’accès à des minéraux essentiels, tels que le lithium, le cobalt et les terres rares, réduira la dépendance de l’Europe et sécurisera les chaînes d’approvisionnement pour les transitions verte et numérique. La demande mondiale pour ces minéraux devant être multipliée par quatre à six d’ici 2040 (Ph. AFP)

Diversifier les sources d’approvisionnement

Cet accord est également équilibré. Il offre des garanties aux agriculteurs européens en maintenant des normes strictes de sécurité alimentaire dans l’UE et en mettant en œuvre d’autres contrôles, tout en ouvrant des perspectives à notre secteur agroalimentaire, leader mondial. Les produits emblématiques espagnols, tels que l’huile d’olive et le vin, devraient grandement bénéficier d’un meilleur accès aux marchés sud-américains, et l’accord offre aux Européens un meilleur accès à des matières premières telles que le soja, contribuant ainsi à diversifier nos sources d’approvisionnement.

Plus important encore, l’accord réaffirme la volonté de l’Europe de retrouver sa place sur la scène internationale. Alors que d’autres se replient sur eux-mêmes, nous élargissons notre réseau d’alliés stratégiques, en négociant de nouveaux accords commerciaux ou en actualisant ceux qui existent déjà avec l’Inde, la Thaïlande et la Malaisie, entre autres.

Au-delà de la logique économique ou transactionnelle

L’accord avec le Mercosur revêt une importance encore plus grande, car notre partenariat va au-delà de la logique économique ou transactionnelle. L’Europe et l’Amérique latine partagent des valeurs profondément enracinées: la démocratie, l’État de droit et l’engagement en faveur du multilatéralisme.

L’Espagne, l’un des plus fervents défenseurs de l’accord, illustre les avantages d’un rapprochement avec la région. Elle est le deuxième investisseur étranger au Brésil, ce qui a aidé de nombreuses entreprises espagnoles dans des secteurs tels que les télécommunications, les infrastructures et les énergies propres à devenir des leaders mondiaux.

Nous considérons donc cet accord comme un tremplin vers un engagement plus profond avec l’Amérique latine, un engagement ancré dans les liens historiques et culturels qui unissent nos régions politiquement diverses. Cet accord est la preuve que les différences peuvent être surmontées grâce à la collaboration. Si nous voulons un monde plus sûr et plus prévisible, nous avons besoin d’autres accords comme ceux conclus entre l’UE et le Mercosur.

Couvrant une population totale de plus de 700 millions d’habitants, cet accord ouvre de vastes nouveaux marchés aux entreprises des deux côtés de l’Atlantique. Les exportations européennes vers le Mercosur devraient augmenter de près de 70 % et les entreprises de l’UE pourraient économiser environ 4 milliards d’euros (4,66 milliards de dollars) de droits de douane par an (Ph. AFP)

Renforcer sa crédibilité et son influence à l’échelle mondiale

La plupart des États membres de l’UE s’étant unis pour surmonter les résistances à l’accord avec le Mercosur, nous avons démontré que nous pouvions surmonter les divergences politiques à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières. Faire preuve d’une telle détermination est une étape essentielle pour que l’UE renforce sa crédibilité et son influence à l’échelle mondiale. Cette même détermination contribuera à accélérer les efforts visant à supprimer les barrières commerciales internes et à tirer pleinement parti de notre marché unique et de notre population de 450 millions d’habitants. La double approche de l’Europe, qui consiste à étendre son réseau d’accords commerciaux tout en approfondissant l’intégration interne, est la formule gagnante pour la compétitivité.

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2026-01-19T22:08:36Z